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Un Adieu

About Farewell (Alela Diane)

 

Je ne sais pas vraiment me retenir en vers 
Je suis souvent un fou face à la poésie
Et a la vérité de mes sombres travers
Quand ton âme si tendre eveille mes envies.

Je n'ai pas demandé la magie poésie,
J'ai longtemps refusé la mélodie des mots
Mais ici je l'invoque et laisse l'infini
De ta douce chanson la marquer de ton Beau

Je ne recherche pas la beauté en mes rimes,
Je ne désire pas être un jour reconnu,
Et je me moque bien des critiques d'estime,
Seul a compté l'eclat de ton regard ému.

Je ne me trouve pas chez ces collets montés
Qui pensent que les vers sont pour les littéraires
Je suis homme et viril, je jure en charretier,
Mais en la poésie je m'oublie pour te plaire.

Je ne sais même pas si tu liras ces mots
Et peu m'importe au fond, je devais les écrire,
Pour graver a jamais ton sourire en mes maux,
Garder un peu de toi jusque dans l'avenir.

 

Je suis un poète. Pas un écrivain. Je le pose d'emblée parce que ça change absolument toute ma perception de l'écriture.

 

Je peux écrire en prose. J'écris sans problème de la fiction. Je sais me faire essayiste pontifiant à l'envie, vous pouvez me croire - ou me lire, si vous préférez vous en convaincre - mais... c'est au final un des masques que je porte en permanence ou presque dès lors que je suis dans l'interaction avec autrui - oui car, ne nous leurrons pas, écrire c'est répondre à la volonté d'interagir avec le monde extérieur au-delà de tout ce qu'on peut y mettre à côté -. Je peux écrire en prose, donc, mais c'est un pis-aller pour moi. Un sacrifice que  je fais à... disons la compréhension globale de mon interlocuteur. Il me serait nettement plus simple de ne m'exprimer qu'en alexandrin. Et oui je pourrais le prouver. Mais quel intérêt

? Vous voulez lire ma poésie ? Vous devriez pouvoir la trouver sans peine. Il y a certaines choses vers lesquelles on doit faire soi-même l'effort d'aller. La poésie est l'une de ces choses. La mienne, la vôtre, celle du voisin de la factrice (mignonne au demeurant - la factrice, pas son voisin -).

 

Reste que je suis donc poète. Et la poésie est un art chanté. Fait pour la corde vocale. Au fil du temps il s'est installé à l'écrit, principalement suite à l'arrivée de l'imprimerie qui a permis une diffusion massive de la poésie écrite. Ceci dit le phonographe aurait-il été inventé à la même époque que la poésie serait peut-être encore chantée aujourd'hui. Et de ce fait, même si elle est aujourd'hui trop souvent cantonnée à l'inertie du papier, elle a conservé une musicalité qui lui est propre. L'alexandrin à son rythme. L'octosyllabe aussi. Le découpage des hémistiches se fait naturellement à la lecture. Le rejet crée une cassure dans le rythme. L'enjambement aussi.

 

Bref, la poésie est musique. Et donc rythmique. La plupart des jeunes poètes que j'ai croisé font la même erreur (et je l'ai faite aussi à mon époque, sauf que j'ai commencé très très jeune et que j'avais du coup déjà compris ça avant d'avoir seize ans) : Ils veulent que le texte soit juste. Que la rime soit belle. Que les pieds soient comptés et comptables. Que les mots claquent et soient rares - ça c'est un gros défaut bien baveux qu'ont beaucoup trop de poètes amateurs au passage -. Ils préfèrent en général une tournure bien alambiquée qui sera juste en terme de versification mais qui va alourdir le texte et nuire à a sa fluidité là où une tournure plus simple, moins recherché stylistiquement, moins alambiquée, clairement, aurait été beaucoup plus efficace à tous les niveaux.

 

Quand je me pose moi devant mon clavier dans l'optique d'écrire un poème, je ne cherche qu'une chose, une seule : la musique. Le rythme propre qui va soutenir l'édifice de mes vers et qui se percevra toujours clairement à la lecture. Le reste devient alors un pur travail de parolier : j'écris une chanson. Celle accompagnant la musique que me chante le monde. Et si la tournure est tout à fait prosaïque, voir quelconque, peu importe : la musique de mon texte suffit à la faire poésie. La preuve par l'exemple :

 

"Je ne me trouve pas chez ces collets montés qui pensent que les vers sont pour les littéraires."

 

Posé comme ça, et lu comme ça, au milieu d'un texte en prose ça fait banal comme phrase. Classique. Mais... Et comme ça  ?

 

Je ne me trouve pas chez ces collets montés

Qui pensent que les vers sont pour les littéraires

Je suis homme et viril, je jure en charretier,

Mais en la poésie je m'oublie pour te plaire.

 

De mon point de vue ça change tout.

 

Du coup, un vrai secret de poète, que j'utilise dans chacun de mes textes, que je n'oublie jamais. Le cœur de ma poésie : rester simple dans les tournures. Dans les choix de mots. J'ai un vocabulaire si étendu qu'il en surprend des masters 2 en linguistique et/ou en sciences du langage. Seulement je limite ce vocabulaire dans ma poésie. Parce que je n'ai pas besoin de l'utiliser dans toute son étendue. La beauté d'un poème ne vient pas du nombre de mots exotiques qu'il contient. Elle vient de sa capacité à faire chanter les cœurs. Et ça, ça passera toujours par une simplicité accessible, du moins si on vise à l'universalité dans son art, ce qui est mon cas.

 

Après vient le travail de relecture. Et là quelques conseils qui m'ont été utiles, souvent . 

 

Toujours éviter les "qui" et les "que" si possible. Ca fait tâche dans un poème. Systématiquement tâche s'il existe une alternative. Et croyez-moi, un poème débarrassé de ces que/qui surnuméraire ça chante nettement plus. Surtout que neuf fois sur dix il suffit d'un participe présent pour s'en passer. Osez le participe présent. Il est votre ami. Il vous aime. Aimez le aussi.

 

Faire et avoir, dans le même genre. Si vous pouvez coller un synonyme, allez-y, faîtes-vous plaisir. C'est moins crucial que le "que" ou le "qui" de plus haut, mais ça fait joli quand même. Et un poème c'est fait pour ça : être beau.

 

N'hésitez pas à créer votre style en vous appropriant des mots peu usités mais faciles pourtant à placer. Un exemple (qui est ma griffe personnelle, donc ne me la piquez pas, si possible, merci :o) : j'ai toujours aimé le mot "sis" et son féminin "sise". Il offre une alternative très sympathique au mot "dans", associé à "en". Et il donne une sensation de familiarité à mes lecteurs quand ils retombent dessus (encore que ce soit probablement inconscient pour la plupart d'entre eux).

 

Soyez votre premier critique. Et ne soyez pas tendre. Démolissez-vous tout seul plus que n'importe qui ne le fera jamais. Soyez aussi méchant que vous pouvez l'être. Oui c'est votre dernier bébé que vous venez d'écrire. Mais vous vous en foutez à ce stade. Il faut savoir s'il est viable. Le liriez-vous en tant que lecteur ne vous connaissant pas ? Pourquoi (Non Poetix666, pas parce que tu es le plus pur bogoss de la création abyssale des ténèbres carcérales. Si tu es chanceux ça viendra après ça) ?

 

Imaginez la poésie comme un mélange entre deux choses. L'esthétique d'une forme et la profondeur d'un fond. Songez-y. Songez-y vraiment. Les plus beaux poèmes sont ceux alliant une forme exquise et les émotions les plus pures du poète. Et tout est question d'équilibre. Un texte dans lequel le poète aura injecté une émotion intime et à portée universelle saura atteindre le cœur de ses lecteurs même si la forme n'est pas entièrement à la hauteur. Jusqu'à un certain point. De même un texte parfaitement exécuté, dans les règles de l'art, pétri de jolies images bien parlantes, mais aux émotions froides, médiocres, ce texte sera encore jugé beau. Ceci dit alliez les deux et vous obtenez un chef d'œuvre que tout le monde saluera.

 

Parlez au lecteur. Le poème est un dialogue. Un échange. C'est vous disant quelque chose à celui qui vous lira. Si vous voulez écrire un poème pour le simple fait d'écrire un poème... vous perdez votre temps, en ce sens que le résultat ne vous satisfera probablement jamais. Un poème est un médium. Un outil utilisé pour faire passer un message. Dire quelque chose. Il s'agit de choisir une forme précise, celle de la poésie, pour exprimer ce que l'on a choisi de dire. La poésie, l'art en général, c'est la façon qu'a le poète - l'artiste - de traiter un thème particulier pour exposer sa façon de voir les choses au reste du monde. N'excluez pas ce monde de votre texte. Au contraire. Prenez-le a parti. Intégrez-le. Interpellez-le. Parlez au lecteur.

 

Dîtes ce que vous avez à dire. Ça peut sembler couillon posé comme ça, mais y a tellement d'aspirants poètes qui pensent que c'est classe la subtilité. Et ce n’est pas foncièrement faux. Ceci dit, il y a subtilité et subtilité. Si vous ne faîtes, tout au long de votre texte, que tourner autour de pot et que votre propos passe à la trappe sans jamais avoir été explicité, alors le poème est raté. Forcément. Parce que le lecteur n'est pas dans votre tête et qu'il a besoin qu'on lui pose les points sur les i. Et il ne s'agit pas d'insulter son intelligence ici. Plutôt de vous rappeler une vérité essentielle au poète : vos évidences ne sont pas les siennes. Tenez en compte. Explicitez-les pour lui donner les clés nécessaires à la compréhension de votre texte. A moins d'assumer pleinement votre hermétisme. D'en avoir fait un choix artistique assumé et réfléchi. C’est la seule exception à cette règle.

 

Je pourrais encore en écrire pas mal mais avec ça, vous avez déjà une bonne base, me semble-t-il, sinon pour écrire une poésie parfaite du moins pour comprendre comment je fabrique la mienne. Je terminerai donc sur un dernier conseil, le plus essentiel de tous :

 

Partagez. Faîtes lire. Et demandez des avis. Des critiques. Des retours. Pas forcément des retours professionnellement construit, mais des retours quand même. Confrontez-vous à vos lecteurs. Ne vous contentez pas d'un simple "j'aime" ou d'un "c'est beau". En tant que poète ça ne vous apportera rien ce genre de commentaires. Il s'agit d'un lecteur ayant besoin de dire quelque chose mais ne trouvant pas mieux pour l'exprimer. Prenez-le comme tel et non pas comme un avis objectif. Non pas comme la marque d'une perfection absolue de votre plume. Confrontez-vous à des avis divergents qui vous demanderont de justifier vos choix artistiques. Parce que justifier ses propres choix, c'est aussi les refaire. Et souvent les refaire consciemment pour la première fois. Songez-y. Et partagez.

 

Oh et lisez ce texte (qui n'est pas de moi, pour changer, et raison pour laquelle je le donne en lien au lieu de le reproduire in extenso ) : 


A un poète