3200045612_d8e69e56db_z

Tu es l'un d'eux. L'un de ses gens qui courent sans même prendre le temps de se demander vraiment où ils vont. Tu es l'un d'eux, te pressant de la même façon, courant comme eux, exactement comme eux, de ce pas lent et oppressant, perdu, seul, anonyme au milieu des anonymes.

Tu es l'un d'eux et tu ne le sais même pas. Tu ignores tellement de choses. Tu ne sais rien de qui tu es vraiment. De ce qui sommeille au plus profond de toi. Tu es l'un d'eux, l'un de ces robots éteints, courant par automatisme vers une fin tout aussi banale que l'aura étée ta vie.

Ou plutôt qu'elle l'aurait été si, par un coup du hasard extraordinaire, du genre qui n'arrive qu'une fois non pas en une vie mais en un million de vies, tu n'avais pas levé les yeux à cette seconde précise.

Oui mais voilà tu viens de le faire et déjà tu n'es plus l'un d'eux. Ne le sera plus jamais. Car en cette seconde, ton regard vient percuter, c'est le seul mot possible ici, deux yeux comme jamais tu n'en avais croisé. Deux yeux dans lesquel tout, absolument tout, cesse d'exister.

Des yeux tels que tu en oublies qui tu es, ce que tu faisais, où tu allais, la raison pour laquelle tu avançais vers la froideur de cette petite vie étriquée dont tu étais pourtant si fier jusque là. Des yeux qui te font lacher prise sur ton identité elle-même, jusqu'à ton propre nom qui t'échappe. Jusqu'à l'importance d'avoir un nom.

Pourquoi faire un nom lorsque le l'ont est plongé dans un regard comme celui-là, dans ces yeux aussi sombres que brûlant semblant fait pour ne jamais vous lâcher. Des yeux répondant à cette faim insensée que vous avez d'eux par le même désir féroce des votres.

Mouarf, ici même le temps ne compte plus, s'est enfuit pour, te semble-t-il, ne jamais vouloir - pouvoir - revenir t'ennuyer des milles et unes futilités inconséquentes auxquelles il est lié.

Rien n'existe, pas même la distance qui vous séparait et que, sans que tu l'aies compris, vu, voulu, même, puisque tu ne veux plus rien, ici, sinon te perdre à jamais dans son regard, n'existe plus désormais. Il y a juste son corps, sa chaleur, le bien-être de la sentir contre toi. Rien que tes bras qui se referment sur elle. Qui la serrent aussi fort que tu le peux, comme si jamais tu n'allais la libérer.

Rien que vos lèvres, qui, pour finir, viennent s'enlacer, comme si vous n'aviez jamais existés que pour cette seconde précise. Que pour ce moment-là entre tous. Comme si ce baiser qui enfin vous lie était une évidence absolue, voulue de toute éternité par quelque déité fantasque.

Et puis...