Le jeu de la folie

(Hubert Felix THiefaine)

Voulez-vous un secret ? Quelque chose qui peut concrètement changer les choses pour vous ? Mouarf. l'assumeriez-vous le cas échéant ? Iriez-vous au bout de la réflexion engendrée par ce secret ? De ce qu'elle implique ? Je ne sais pas. Peut-être. Ça ne coûte rien d'essayer, au final. Et ça ne me demandera pas beaucoup d'efforts. Écrire cinq mots. C'est simple. Facile. De mon côté ça n'engage à rien, je connais déjà ces mots. Alors oui, pourquoi pas ?

Cinq mots, donc : vous avez toujours le choix.

Cinq mots, rien de plus. Une vérité. Et je sens s'élever les objections, en masses. Je vais me permettre de les ignorer un temps pour aller au bout de ma pensée. Peut-être vous y conduirai-je avec moi. Ici ça ne dépend que de vous. Vous avez toujours le choix, après tout. Je l'ai eu, le choix, le jour où, à douze ans, j'ai décidé un soir de ne pas rentrer chez mon père après le collège. Où je me suis retrouvé seul à errer dans une grande ville où je n'étais qu'un enfant perdu parmi les anonymes indifférents. Ça n'a duré qu'une nuit mais elle a changé ma vie. Et non, je ne suis pas retourné chez mon père. Il ne fait plus parti de mon existence depuis. Mais c'est pour l'anecdote ici, l'important est ailleurs.

Il se cache dans le simple fait que j'ai pris seul la décision. J'ai eu le choix. Et j'ai appris ce jour-là que je l'aurais toujours. Que tant que j'étais capable de penser par moi-même, personne ne pourrait attenter à ma capacité de choisir. On peut essayer de me la faire oublier. On peut tenter de l'etouffer. On peut me limiter dans mes options. On peut même me dénier ce droit, mais le fait est et demeurera toujours : j'ai le choix. Je peux décider du chemin que je vais suivre. Et il en est de même pour l'essentiel de l'humanité. Pour vous qui me lisez. Nous sommes pareils.

Songez-y. Songez-y vraiment. On a recours à la force pour imposer un chemin à celui qui la subi. Mais c'est bien parce qu'il a le choix. Si d'emblée il n'avait pas en lui la capacité innée de décider, alors la coercition serait inutile. Alors il ne servirait à rien d'exercer une quelconque pression sur lui. Il obéirait d'emblée. Sans remettre l'ordre en question. Sans y voir la nécessité. Sans même se demander pourquoi.

Mais au final, aujourd'hui, nous en sommes là. Non pas que la capacité de choisir ai disparu de la race humaine. Non. Mais...

 

Mais


J'aurais aimé chanté les affres bucoliques
Du poète d'antan, dont le coeur pouvait rire
Et dont jamais les vers ne touchaient à l'éthique,
Chanson dont la douceur se jouait à la lyre.

Mais

Ici est un enfant endormi dans le noir
Il a mal en silence, il sanglote aveuglé
En le sombre confort cachant son désespoir
Où dans le feu des coups son choix est déjà fait.

Mais

Ici est une femme marchant seule en la vie
Et devant élever cet enfant tant aimé,
Ce radieux trésor. Elle était trop jolie
Quand est venu le temps où l'argent à manqué.

***

J'aimerais tant pouvoir ne chanter que le beau
D'une terre merveille où dansent les humains,
Menuet en le vert, la danse des rondeaux
Nous ouvrant aux espoirs de plus lendemains.

Mais

Ici est cet enfant devenu le reflet
Déformé de celui dont le poing était dur,
Ayant cru de tout temps l'avoir bien mérité
Et n'ayant donc pas pu dévier son futur.

Mais

Ici est cette femme où l'Homme s'est vidé
Tant de fois qu'elle ne ressent plus qu'un dégout
Presque doux car payant : son enfant peut manger,
Peu importe son corps marchandé à des fous.

***

J'aimerais tant parfois oublier que je peux
M'en aller au delà du monde me bornant
Et déposer mes yeux en ces coeurs où le feu
Ne brûle déjà plus, pauvres spectres errants.

Mais

Ici est un enfant se fermant à l'humain,
Se gardant en colère à force d'une haine
Explosant en fureur empreinte d'un chagrin
Ironisant les coups distillés par sa peine.

Mais

Ici est une femme prise en la maladie,
Le cadeau d'un client en guise de pourboire,
Et son enfant a faim car en son agonie
Elle ne peut se vendre. Reste le désespoir.

***

J'aimerais tant chanter la chanson des étoiles,
Une danse en l'espace ouvert à l'infini,
Les couleurs de la vie dessinant une toile
De beauté éclatante ou né la poésie.

Mais

Ici sont les humains dont les cris étouffés
Résonnent dans le vide et se meurent lentement,
Ignorés par ceux-là se targuant de bonté,
Sans connaître ce mot, sans même être vivant.

 

Une plume de nuit