Nothing Else Matters
(Apocalyptica)


Quelqu'un m'a dit il y a un mois ou deux de ça que ça lui semblait être impossible d'avoir des certitudes sur rien et que ça l'effarait que je puisses lui renvoyer l'impression d'en avoir tellement. Et de fait, je sais que je peux renvoyer cette impression, celle de quelqu'un qui sait. Ou qui croit savoir. C'est un effet de bord de l'absence de doute en moi. Car je ne doute pas. N'en déplaise aux rationalistes de tous poils, le doute est une illusion qui ne me sert à rien dans mon mode de raisonnement. Douter c'est déjà poser un jugement, c'est déjà prendre position. Je ne fais pas ça. Je ne prend pas parti quand je raisonne. Je m'extraie d'a peu près tout ce qui m'entoure. Quand je ressens le doute, je cherche le pourquoi du comment je suis enclin à poser un doute sur ce point précis et j'isole le jugement de valeur y ayant conduit. Je m'en défais le temps du raisonnement, quitte a me le réapproprier par la suite. Et quand il n'y a plus de jugement, ne reste que le fond objectif. De là on peut penser. De là l'esprit est clair, libéré des entraves que nous lui imposons nous-même, à notre corps déféndant. De là, du moment où on cesse de douter, on peut commencer à questionner pour de vrai. Le "pourquoi" ne vient pas du doute. Il vient du désir de comprendre.

Etonnament, c'est naturel pour moi de penser ainsi. De fonctionner de cette façon. Je n'ai jamais vu le point au fait de poser des jugements. De douter de ce que je voyais, entendais, ressentais. Remettre en question la réalité objective ne m'apporte rien, au final donc je ne le fais pas. Dans mon esprit c'est aussi simple que ça. L'a toujours été. Et il m'a fallu des années pour comprendre que j'étais un cas un peu à part. Que la plupart des gens ne fonctionnaient pas ainsi. Que pour eux le doute était une façon de toucher à l'objectivité. De l'atteindre. Mais est-ce que cette différence m'isole ? Peut-être. Est-ce la raison me poussant à me tenir à l'écart du reste du monde autant que faire se peut ? Sans doute en partie. Mais au final, je pense surtout que cette différence-là, précisément, c'est ce qui me met à ce point en prise avec le reste du monde. Je ne doute pas. Pas de ce que je vois. Pas de ce que mes sens et mes connaissances empiriques me disent. Quand quelqu'un me dit "blanc" alors que tout le reste me dit que c'est "noir", je ne vais pas douter de la noirceur. Je vais chercher la raison pour laquelle on essaye de me la faire prendre pour de la blancheur.

Et le problème c'est que c'est trop facile de faire douter les gens des informations objectives qu'ils recoivent. Ils ne font pas confiance à leurs propres sens. Ils doutent de tout, et surtout de leur propre fiabilité. Il suffit que quelqu'un d'un tant soit peu sur de lui prétende que le faux est vrai et que le vrai est faux et on oublie de se demander "pourquoi il raconte n'importe quoi ?" pour douter aussitôt de soi. Et on se tourne vers les autres. On les regarde et on cherche confirmation ou infirmation. Et selon ce qu'on trouve on adapte notre facon de penser, créant une réalité tout à fait subjective ou les faits ne comptent plus. Où c'est celui qui parvient à vous faire le mieux douter de vous qui crée la vérité sur laquelle vous vous basez pour penser.

C'est une grave perversion de l'esprit humain. Objectivement. Ca me rappelle un test d'optique que j'ai passé étant enfant. Je n'ai pas de vision 3D, un probleme genetique. Peu importe. Mes deux yeux fonctionnent normalement, mais pas de vision binoculaire. Et donc je passais regulierement des tests de controle et un jour mon pere a voulu voir ce que je voyais dans l'appareil. Deux lapins. Un avec des oreilles et l'autre une queue. Mon pere lui n'a vu qu'un seul lapin, complet. Une illusion d'optique. Son esprit a reconstitué une fausse image de la realité puisque ces deux yeux lui ont fourni deux images identiques se completant l'une l'autre. Deux images sont devenues une seule pour lui.

Et ici l'idée est un peu la même. On finit par superposer un filtre sur la réalité. Presque identique mais avec des détails en plus ou en moins. On cesse de voir le monde comme il est vraiment pour le voir presque comme il est vraiment. Et puis au fil du temps le presque s'élargit, prend de plus en plus de place. La réalité ne compte plus. On a commencé à batir nos fondations sur ce presque. Et quand le réalité le menace, alors la réalité doit s'effacer. On y devient sourd. On cesse de la voir. Le filtre s'assombrit. Il masque de plus en plus de choses. On arrete de penser par soi-même pour se réfugier dans des reflexes de pensée quasi automatique. Simples. Efficaces. Rodés. On se fige, de plus en plus, sans même le voir venir. Mouarf. Et un jour peut-être qu'on s'en rend compte. Quelque chose nous met face à face avec le reflet déformé de ce que nous sommes. Et là on entre en crise. On essaye d'ajuster. De compenser. On se perd soi-même. Ou plutôt on perd l'image faussée que l'on avait de soi et qui nous servait de point d'ancrage dans notre vie.

A ce stade nombre de gens ont l'impression de se réveiller avec la gueule de bois et se demandent ce qu'ils ont fait de leur temps jusque là. Dans un monde idéal c'est à ce moment-là qu'il faudrait se regarder en face. Qu'il faudrait apprendre à se connaître vraiment. Mais dans notre monde, ce genre de crises existentielle est vu comme une forme d'excentricité et les gens atteignant cette étape-là de leur vie doivent bien vite se conformer de nouveau au moule ou subir une autre forme d'exclusion. Celle réservée aux gens "pas sérieux".

Mouarf.

Je ne crois pas que la vie soit quelque chose de sérieux. Je ne crois pas que la vie soit quelque chose de grave. Je ne crois pas que la vie soit à prendre avec un air funébre. Je ne crois qu'il est normal pour l'être humain de s'angoisser, je ne vois rien de naturel chez ces gens collets montés pour qui le rire est a reserver aux enfants ou aux simples d'esprits. Aux êtres immatures. A ceux manquant de vue. Et bien messieurs dames les moroses, sachez qu'il n'y a pas grand chose qui a mes yeux ai plus de valeur que le rire sinon l'amour. Sachez également que je suis un THQI, un trés haut quotient intellectuel, probablement plus cognitivement efficace que vous. Pour le simple d'esprit vous repasserrez. En fait, c'est même l'inverse : je vois les choses avec une telle clarté, avec une telle limpidité, que je ne peux pas prendre l'être humain au sérieux, pas au vu de la fréquence avec laquelle il se ridiculise. C'est permanent. C'est gens sérieux, ces gens qui se disent adultes, qui pensent gouverner le monde, qui croit qu'un compte en banque bien garni est tout ce à quoi il est humain d'aspirer, ces gens-là sont juste profondément ridicules. Des enfants se disputant des billes. Rien de plus.

Le rire. L'amour. Les passions. Voila ce qui nous grandira. Voila ce par quoi nous deviendrons des adultes. Voila ce qui nous unit. Ce qui nous relie. Ce qui, au final, nous rend tous pareils. Et se complaire dans nos petites vies misérables en nous cachant derrière l'excuse du "c'est comme ça, je ne pourrais rien y changer moi tout seul, petite fourmis parmi des millions d'autres", se résigner à l'impuissance en se répétant ça comme un mantra destiné a nous en convaincre nous-même... Ca ce n'est pas faire preuve de maturité. Ca ce n'est pas être adulte. Ca c'est un comportement d'enfant appeuré, ni plus ni moins. Et c'est celui de l'écrasante majorité du genre humain. Probablement celui de l'écrasante majorité de ceux qui liront ces lignes.

Et bien sachez-le : si vous êtes ainsi, si vous avez déjà pensé comme ça, si vous avez déjà invoqué cette excuse pour x ou y raison, alors non seulement vous n'êtes pas mentalement mature, mais en prime vous vous trompez. Vous essayez simplement de vous défausser de votre part de responsabilité, tout à fait réelle, dans l'état actuel de notre monde. Rien de plus. C'est un mensonge dont vous vous bercez. Parce que la vérité, au final, la vérité pleine et entière c'est que nous avons tous le pouvoir de refuser de nous soumettre. De dire non. Et tout autour de vous, partout, on essaye de vous convaincre du contraire. Et vous y croyez. C'est triste. Simplement triste. Vous ne savez pas ce que vous perdez, au fond. C'est bien là le problème.

Graines

Sursaut de poésie où l'âme s'étincelle,
La chanson de la terre ensemence les coeurs
De ses graines d'amour façonnées d'éternel
Ouvrageant de l'humain la possible splendeur.

Sanglot d'absurdité où les larmes s'aversent,
La fable des humains symbolise l'empire
Orthodoxe du creux où l'ego se perverse
En désir aéthique s'expurgeant en le pire.

Sarabande douceur où l'esprit s'exagère,
La danse de l'amour syntonise les coeurs
De ce souffle épuré nous conduisant à l'ère
De l'être humain vaillant se riant de ses peurs.

Semblance de bonheur où le coeur s'enfièvre,
L'apologue du Juste exproprie l'allégresse
En homélies percluses et élégies mièvres.

Souffle de l'inconnu où le corps se réveille
L'ode de la nature exulte les désirs
En l'élan rapprochant l'homme de son éveil.

Souffrante parodie où l'être capitule,
La symphonie du vide impose la bassesse
Privant l'humain du beau où sa pensée s'émule.

Synchronie de l'espoir où la gorge se serre
L'écho de la musique où la bêtise expire
Offrant l'humain au beau le liant à ses frères.