A capela

Je suis seul et...

Je suis seul et j'attends
En ne sachant pourquoi.
Je suis là et j'espère
A force de chercher
Enfin pouvoir comprendre
Ce Destin qui ne cesse
De se jouer de moi.

Je suis seul et j'entends
Les gens autour de moi
Je les vois brasser l'air
S'énerver, se presser,
Et refuser d'entendre
Les échos de tendresse
Qui allègent les croix.

Je suis seul et j'attends,
Je compte jusqu'à trois
Et je m'ouvre à la terre
Où j'espère trouver
Ce que je dois apprendre,
Le beau en la sagesse
Se mâtinant de foi.

Je suis seul je prends
Un temps où être moi,
Me faire courant d'air
Quand ma vie tourmentée
Voudrait que sans attendre
Mes barrières s'affaissent.
Je suis mon propre Roi.

Une plume de Vérité

Le printemps cette année-là était arrivé plus tôt que d'ordinaire. Le temps était clément, les arbres bourgeonnaient, les premières fleurs, timides et incertaines désiraient se montrer. Et j'étais là, seul, étendu sur l'herbe douce et fraîche d'une clairière. J'étais là et je regardais l'unique nuage dans un ciel d'un azur autrement parfait. Un énorme nuage blanc. Et je le regardais se désagréger lentement sous les assauts d'un vent peut-être doux mais néanmoins tourbillonnant et à cet instant je me suis dit que je n'avais sûrement jamais vu quoique ce soit de plus magique de ma vie. Sincèrement ça a été ma pensée, presque mot à mot.

Sauf que.

Sans que je l'ai vu venir, sans même que j'ai d'abord fait mine de le remarquer, un oiseau est arrivé, conduit ici par le capricieux hasard de son vol. Un oiseau indistinct, anonyme, planant beaucoup trop haut pour que je puisse espérer deviner à quelle espèce il appartenait. Il avait tout le ciel à sa disposition, libre et souverain et il a choisi de faire exactement la même chose que moi. Il a décidé de rester à observer le spectacle aussi triste que sublime de ce géant aqueux s'éteignant peu à peu de la clarté de ce bleu printanier, à sa manière à lui, en tournant très lentement autour, s'en approchant toujours plus, au point de parfois sembler s'y noyer, mais jamais réellement assez pour disparaître de ma vue.

Il a ainsi improvisé un ballet d'une grâce et d'une beauté absolument extraordinaire. J'étais, oui, subjugué. Simplement. C'était le printemps tout autour de nous, quoique l'hiver parait encore la nature alentour de la froide nudité de son manteau, et la vie foisonnait de partout, explosant de gaieté et de joyeux chaos, mais il y avait comme un écho de ma nostalgie dans la danse du seul autre spectateur de la douce -presque tendre- déchéance de l'un des ses empereurs du ciel qui peuvent libérer toute la puissance de la terre, celle qui soulève les océans et incendie les forêts.

Et puis le drame fut finalement consommé et, en un sauvage piqué, il plongea vers moi, ce frère de mélancolie, comme si il avait toujours su que j'étais là, muet témoin de l'homélie qu'il venait de rendre à cet évanescent mastodonte fait de la plus pure et la blanche des eaux et dont l'éphémère existence venait de s'achever en un instant d'apaisement presque absolu.

Et c'est là alors que sa chute libre le poussait vers moi, que, pendant un bref instant frôlant l'infinité, nous nous sommes touchés lui et moi. Et pour finir, alors qu'il redressait son vol et s'éloignait à toute vitesse, il m'a emmené avec lui, sur ses ailes. Oh oui, j'ai volé ainsi, soulevé par ses ailes, rythmé par son coeur, guidé par ses yeux, pendant je ne saurais dire combien de temps. Quelques secondes, une éternité. Je sentais le vent dans ses ailes, je ressentais l'ivresse de la vitesse, l'exubérance naissant dans la vie renaissant de partout, ce besoin primal de tester sa propre force en défiant la gravité à la seule force de ses muscles. Et surtout, surtout, je ressentais sa liberté, son appétit de vivre ainsi, régnant sur un ciel ouvert sur un horizon non borné, le dominant de sa seule volonté.

L'espace d'un instant, lui et moi, ensemble, nous avons été le maître du monde. Et puis, je l'ai laissé partir, tout simplement. Nous étions chacun notre propre roi, et si pour une courte seconde nos majestés s'étaient rejointes, s'étaient comprises, s'étaient réjouîtes de cheminer ensemble, il était désormais temps de rependre nos couronnes et de nous en retourner chacun régner sur nos propres vies. Seulement nous partagions désormais ce lien unique, forgé dans la beauté d'un instant à nul autre pareil dont nous fûmes les seuls témoins, la source d'une magie à laquelle nous pourrions désormais chacun puiser la force d'avancer lorsque la vie est dure.

Aujourd'hui j'ai volé

Aujourd'hui j'ai volé dans l'azur au delà
De la noire fumée des cheminées d'usines
Et me suis élevé au dessus des tracas
Embûchant les travées où la norme s'échine.

Aujourd'hui j'ai piqué en plein dans un nuage
A la pure blancheur de cette eau délivrée
Des humaines lubies s'imposant en outrage
Au commun du vivant, soumis et pressuré.

Aujourd'hui j'ai joué a poursuivre le vent,
L'espace d'un instant je me suis confondu
A la force de l'air, senti le battement
Du souffle de la terre où règne l'inconnu.

Aujourd'hui j'ai plongé tête la première,
Vers un asphalte noir, cette hideuse balafre
Scarifiant le vert, souillant les rivières
Où se noient les poissons victimes de nos affres.

Aujourd'hui j'ai volé loin de tous les soupirs
Échappant aux pantins ne sachant s'élever
Là où le coeur est pur et où l'âme chavire,
Gorgée de poésie, sublimée de beauté.

Une plume de sang